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Topic: bandes originales
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L, A, E dans l’A

par arbobo | imprimer | 5mar 2007
En 1967 mes frères et soeurs et pas mal de mes cousins étaient nés. Sept ans plus tard ils couvriraient d’un regard tendre et intrigué mes premiers pas sur la plage nord de Fouras. Une plage dont le bruit de ressac m’accompagne depuis toujours, et m’apaise dans les moments durs.

En 1967, Robert Enrico sort Les aventuriers, un film rare à la télévision comme en VHS. Ce film, baigné par la lumière de Charente-Maritime et la musique de François de Roubaix, j’en regardais il y a quelques minutes le générique de fin (merci Arte). Malgré un final pétaradant, où les gangsters tirent dans tous les coins sur un Delon qui sort sa panoplie complète de grimaces avant de rendre l’âme, c’est un bon film. Un film qui tient une place importante dans ma vie.

Le thème de François de Roubaix y est décliné de plusieurs manières, lui qui a surtout laissé de sa courte carrière des musiques de film. Un bon film, où Delon ne joue pas mal (un exploit), où Reggiani est parfait en salaud, où Lino Ventura est bien sûr excellent, une fois de plus dans le rôle du mec bien.

Et puis il y a Johanna Shimkus. Elle a sa part dans le plaisir que j’ai pris à la première partie du film. Elle est aussi pour beaucoup à l’émotion qui m’a pris par la suite. Son personnage, Laetitia, rêvait d’installer dans le Fort Boyard son atelier de sculpture. Et puisqu’elle est tuée connement ce sont ses deux amoureux platoniques qui tenteront de prolonger son désir. Voilà donc qui fait que ce film me tient par les tripes.
Parce que le fort Boyard tient une place importante dans ce film, par exemple. Ce fort, il faisait partie de mon paysage chaque été et combien de week-end encore. Avant d’être racheté par la société qui produit le jeu télé que l’on sait, il appartenait depuis 30 ans à un particulier qui le laissait tomber plus que jamais en ruine. Mon beau frère y avait mis pied lorsqu’il était moniteur de voile et que le temps était clément, quand les vagues et le courant ne faisaient pas de l’approche du fort une roulette russe. La voile j’en faisais, aussi, et un matin que je tirais des bords en catamaran, mon père accompagné d’un de mes frères et d’un cousin, accostèrent et se promenèrent dans ce lieu étrange, sorti de nulle part. J’avais une dizaine d’année et j’étais jaloux de ne pas avoir été de la partie. Une prochaine fois. Une prochaine fois, donc je remballai ma déception, et quelques mois plus tard l’arrivée du jeu télé  rendit le lieu définitivement inapprochable. Il n’y aurait pas de prochaine fois, donc.

Le Fort Boyard est un des personnages principaux des Aventuriers de Robert Enrico, sur un scénario qu’il a co-signé avec José Giovanni et Pierre Pelegri. Une histoire d’amitié, de rêves d’enfants, de courage, d’amours sincères où l’on respecte l’autre. Le genre d’histoire taillé pour un gars fleur bleue comme moi. Une histoire qui plaisait à mes cousins, mes aînés, qui me laissaient le temps d’un été partager leur bande de copains et leurs conneries d’ados, celles qui donnent des souvenirs qui font chaud et qui sonnent comme la Guerre de boutons. Des souvenirs dont on fait ses légendes personnelles, aussi. Surtout lorsque ce sont les rares souvenirs qu’on a d’un beau gars parti trop tôt, d’un type lumineux qui attirait l’amour sur lui  et qu’il rendait à coup de rires et de mots sympa taillés par sa voix grave. Un type à qui je dois un peu ma graphomanie, et de m’être toujours refusé à devenir journaliste de peur d’être aspiré par son souvenir comme on peut s’engloutir.

Ce sont mes cousins qui jouaient aux aventuriers, qui me parlaient de ce film de Enrico, c’est à eux que je désespérais de ressembler un jour. Puis vient l’âge où il n’est plus possible de ressembler à celui qui est parti, car on est déjà plus âgé que lui.

Voilà pourquoi je ne pouvais pas attendre d’écrire ce billet. L’écrire contient mes larmes. L’écrire repousse quelques minutes encore le moment où je vais m’effondrer comme un chien battu. Quelques secondes encore.

Voilà.



Comments

1 Commentaire


  1. 1 Clem on avril 10, 2010 10:36

    Merci. Et tiens, un mouchoir pour secher tes larmes…Et vite, vite, un stylo pour que tu continues à écrire, pour que je continue à te lire, car oui, j’ai lu et ça me plait.

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