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Topic: des disques..., interviews
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Nisennenmondai, l’extrême venu d’Orient (interview)

par arbobo | imprimer | 28sept 2009

Trois artistes arrivent sur scène, et durant trois fois un quart d’heure, fondent sur nous comme le plomb sur les tranchées. Une musique chauffée à blanc, recherchée et d’une brutalité inouïe. Une musique minimaliste et envoutante, rock et electro selon les moments. Une musique “totale”, expérimentale et folle, qui trouve sa source aussi bien dans le krautrock dur de Neu!, ou les new-yorkais de Suicide voire Sonic youth. Cardiaques et fans de Charles Trenet, c’est le moment de vous éloigner de l’ordinateur.


Totalement indansable, la musique de Nisennenmondai s’écoute donc un brin statique, mais vous emporte dans une transe à la limite de la magie noire, ou plus prosaïquement d’une rave assise. Une expérience.
Une expérience limite que nous infligent trois jeunes japonaises. Peu expansives sur scène, elles ne sont guère plus bavardes en dehors, et il a fallu beaucoup insister pour obtenir finalement la courte interview que vous lirez plus bas.
Entre les guitaristes hiératiques, mannequins de cire sans un regard pour nous, la batteuse Sayaka conduit l’évolution du morceau. Très répétitifs, cycliques, ils se répandent sur nous par vagues de plus en plus puissantes, dont le climax dure plusieurs minutes. Cette batteuse est la plus terrifiante créature de scène imaginable. Précise comme une boîte à rythmes, infatigable, elle réalise une incroyable performance. Courbée, les cheveux dissimulant sa tête, elle évoque à la fois un ninja et le fantôme de the ring. On n’a vite d’yeux que pour elle, et chaque frappe résonne dans nos entrailles.
On ne met pas un disque de Nisennenmondai sans avoir pesé son geste, car on sait qu’on va prendre un mur dans la gueule. C’est fort, c’est éprouvant, c’est aussi expérimental qu’extrême, et la seule chose qu’on réussisse à en communiquer c’est la puissance stupéfiante.

A les voir, à les entendre, Nisennenmondai rend admiratif mais laisse ouvertes des tonnes de questions. On se demande comment un matériau en fusion aussi cru  peut bien naître. On se demande aussi la part de spontanéité, et celle de recherche pointilleuse. Le Japon est un marché de choix pour les disques les plus pointus du monde entier, et on se demande si ces trois furies font partie de ces érudits abonnés aux collectors.
On pourrait aussi hésiter entre les trouver incroyablement bravaches pour des érudites, ou juste totalement barrées et inventives. Malgré la concision de leurs réponses, l’interview nous éclaire et révèle des musiciennes bien plus humbles que l’audace de leurs morceaux ne le laissait supposer.

Underground, Nisennenmondai ne nous facilite jamais la tâche. Par leur musique, mais aussi parce que seuls les 2 derniers disques sont disponibles hors du japon. Un site permet de commander les précédents, mais il est exclusivement écrit en japonais, on a plus de chance de ses les procurer à leurs concerts. Teji/Nori est la réunion de deux maxis publiés séparément. Dernier en date, Destination Tokyo poursuit leur impressionnante construction bruitiste. Sur disque, la durée des titres varie d’1 à 17 mn. Mais les accros se jetteront aussi sur les 35mn de FAN, seul titre du CD, dont le 13 ou 14 mn du concert à Villette Sonique n’étaient finalement… qu’un résumé.

Voici Kyaaaaaaa, tiré de Neji /Tori:

C’est parti à la chasse de ces trois sorcières fabuleuses que je me heurtai à la barrière de la langue. Avec son habituelle générosité, Kumi (Kumisolo, konki duet) a accepté de traduire mes nombreuses questions, et les réponses plus parcimonieuses de Nisennenmondai.
Si vous lisez le japonais, la V.O est là.

interview Nisennenmondai

Vous êtes en ce moment en tournée mondiale, mais en dehors du Japon, on ne trouve que vos 2 derniers disques. Est-ce que vous envisagez de les re-sortir à l’international?

C’est en projet, on est en train d’y réfléchir.

Comment construisez-vous vos setlists? Vous arrive-t-il de jouer des titres plus courts sur scène?

On fait juste le concert selon nos envies.

Vous jouez des instruments “habituels” du rock, mais parfois à la limite de l’électro. Est-ce que c’est une partie du plaisir, faire sonner le même instrument très différemment d’un morceau à l’autre?

On fait de la musique qu’on trouve la plus géniale du moment avec le moyen qu’on a.

Quand vous composez quel est le point de départ de vos morceaux? est-ce un rythme ou un accord?
On fait la session à trois et on élargit les bonnes choses.

Vous faites penser aux groupes de krautrock comme Neu!, voire un groupe “no wave” comme Suicide. Est-ce que vous écoutez beaucoup de musique, ancienne ou actuelle, ou est-ce que vous fonctionnez plus à l’instinct?

On a commencé à écouter ce genre de musique récemment, à force qu’on nous en parle.

Tous les groupes qu’on vient de citer sont occidentaux. Mais il existe au Japon une scène expérimentale très active. Est-ce que vous sentez une émulation au Japon, avez-vous le sentiment d’appartenir à une scène alternative?

Nous ne connaissons pas très bien cette scène.

Sur scène, le contraste entre Yuri et Masako statiques, imperturbables, et Sayaka à la batterie qui bouge comme une ninja, a un impact très puissant. C’est travaillé?

Nous faisons nos concerts très naturellement, il n’y a pas de mise en scène.

Votre musique est très radicale, souvent expérimentale. Est-ce une volonté de votre part d’être à borderline, loin du mainstream?

Tout ce que nous voulons c’est faire une bonne musique, c’est tout.

Merci à Yuri, Masako, Sayaka, et merci Kumi :-)



Comments

15 Commentaires


  1. 2 Christophe on septembre 28, 2009 6:39

    Les réponses à l’itw sont aussi radicales que la musique ! ^^

    Conseil à ceux qui ne connaissent pas : faut quand même essayer ça, même si ce n’est pas à la portée du premier mélomane velu.

  2. 3 KMS on septembre 28, 2009 8:49

    On peut noter que les titres de Teji/tori donne également une idée de leurs influences : Pop group/This Heat/Sonic Youth.

    J’adore ces filles. Elles ont un son incroyable. Les 35 mn de Fan sont aussi absolument incroyables.

  3. 4 arbobo on septembre 28, 2009 10:15

    disons que c’est pas de la musique de plage ^^

    je suis content que mon enthousiasme soit partagé, les amis :-)

  4. 5 Cactus on septembre 28, 2009 10:43

    ça me rajeunit et pas qu’à l’idée !

  5. 6 Ardalia on septembre 28, 2009 11:23

    Décoiffant !

  6. 7 Ska on septembre 28, 2009 11:28

    Elles étaient hallucinantes, en effet, sur scène… Et je me souviens bien de ton enthousiasme effaré… Sûr qu’on ne s’attendait pas à ça…
    Absolument fascinant ce concert… Ce contraste entre les postures autistes des guitaristes et le déchaînement de la batteuse… C’était assez flippant aussi à voir : un truc irréel, unique…
    Pourtant, aucune envie d’écouter ça chez moi… :-)

  7. 8 arbobo on septembre 28, 2009 20:51

    comme tu dis ardalia
    pas tous les jours en tout cas, ska ^^
    c’est assez extrême Nisennenmondai,
    mais c’est aussi cette radicalité hors du commun qui est tellement attirante :-)

  8. 9 lou on septembre 30, 2009 9:22

    Et ‘Destination Tokyo’ est de la même eau ?

    Là, aux G.T. awards, je donne 9,9.

    Mais toi ? tu es vraiment allé à leur rencontre ? Même pô peur ?

    En tout cas, inclassable - ça me plaît (et je l’avais dans ma boite aux lettres depuis avant-hier).

  9. 10 arbobo on septembre 30, 2009 10:21

    ^^
    hors de scène elles sont plus farouches qu’effrayantes ^^
    Destination Tokyo est contrasté,
    un morceau d’1mn,
    mais aussi 2 de 12-13 mn,
    et c’est là qu’elles donnent toute leur mesure,
    et qu’on est pris dans la spirale (comme dans les 35mn de FAN)

  10. 11 dr frankNfurter on septembre 30, 2009 10:37

    Une radicalité qui rappelle leurs compatriotes de Boris :)

  11. 12 disso on octobre 14, 2009 20:30

    Il était où ce concert? J’ai pas bien saisi. Sinon, Nisennenmondai c’est un ovni dans le paysage musical actuel et la batteuse (dieu que c’est laid ce mot) est impressionnante de précision et de force

  12. 13 arbobo on octobre 14, 2009 20:55

    disso c’était à la grande halle de la Villette, un truc bien immense et étrange pour les découvrir :-)

    pour la laideur, c’est une question d’habitude et de connotation.
    une femme a toujours moins de mal à être directrice d’école primaire que directrice générale d’une grande boîte ;-)

    content en tout cas de voir que ma fascination pour ce trio est partagée :-)

  13. 14 Dahu Clipperton on novembre 1, 2009 18:35

    Arbobo ! Je tiens solennellement à vous remercier, KMS et toi, d’avoir évoqué leur “Destination Tokyo” chez GT, album sur lequel j’ai mis la main, et là… pfiiiiou ! Elles m’ont déflagré les neurones com-plè-te-ment, ma vie s’est arrêtée pendant 42 minutes, j’ai pas pu m’empêcher de mettre le volume à un niveau relativement déraisonnable, mes sourcils ont tenté de rejoindre l’arrière de mon crâne : la claque de l’année

    : smiley béatitude post-orgasme auditif :

    N’ayant guère l’occasion de briller en société par mes talents de danseur (en bon disciple d’Aidan Moffat : “Don’t ask me to dance” ^^), je ne saurais dire si ça se danse, mais le disque impressionne par ce sens du groove totalement démoniaque, improbable… La première moitié du disque flirte méchamment avec le disco (et c’est pas qu’une question de titre, hein), disco qui serait jouée par un hybride de DNA et Neu! ;o)

    C’est quand qu’elles repassent en concert ??????

  14. 15 arbobo on novembre 1, 2009 18:40

    bouge pas dahu, je remets la main sur une interprète et je leur demande ^^

    c’est un régal de voir l’effet qu’elles font, ces trois là,
    on en ressort tout dans le désordre, mais content :-)

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