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Topic: blaxploitation
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Black Ceasar. James Brown est vraiment “the boss”

par arbobo | imprimer | 9jan 2011

Il y a toujours des raisons d’écouter James Brown

Parfois on décide de visionner l’un des multiples (40? 60?) films présumés “blaxploitation” qu’on a en stock, en se disant par avance que, allez, au pire, hein, on se comprend, y’aura toujours la B.O. de James Brown.

L’aura de James Brown est tellement énorme qu’on oublie souvent son nom à propos des grandes BO blaxploitation. On citera volontiers Curtis Mayfield, Isaac Hayes, quelques érudits penseront à Willie Hutch et basta. Comme si JB était était “trop” et son image écrasait celle des films auxquels il s’est associé, y compris Black Caesar.

Pourtant, The boss est un des plus grands morceaux jamais écrits et enregistrés. Je pèse mes mots. Probablement l’u des 2 ou 3 plus beaux de James Brown, si ce n’est le plus beau. Vous croyez que j’ai tord, mais c’est seulement que vous ne le connaissez pas encore. Rendre une guitare aussi proche du banjo et  aussi funky, c’est un sacré tour de force.

James Brown - The boss by iamthecoolest

Contrairement au bon Curtis Mayfield, plutôt le mec bien qui ne roule pas des mécaniques, et à Isaac Hayes qui était plus doué pour le travail de studio et se mettre en scène à l’écran que mettre les foules en délire, James Brown était un annuaire de surnoms à lui tout seul. S’il n’y a qu’un synonyme à retenir pour “bigger than life”, c’est bien le sien.

La vie de James Brown, arrestations, conquêtes backstage, dope et tabassage de compagnes inclus, a bien plus de piquant que n’importe quel film “blax”. C’est tout le paradoxe. Malgré des BO magnifiques, comme celle pour the Payback, le nom de James Brown n’est pas ancré dans la mémoire de ce genre cinématographique. Contrairement à Shaft, dont le thème est l’une des plus belles choses au monde mais le reste de la bande son est poussive, boursouflée comme la plupart de ce qui sortait de Hayes qui pétait trop haut pour son cul.  Cela dit on vous recommande le film, avec son lot de titres uptempo rarement croisés dans ce genre.

Mais le mystère demeure. Comment se fait-il que le parrain de la soul (”godfather”, littéralement) ne soit pas ancré dans la mémoire collective d’un genre cinématographique où les noirs deviennent “parrains” à leur tour (du quartier, de la dope, des putes…), des “bad motherfuckers” comme lui-même aimait tant à se présenter.

A croire que la petitesse l’a emporté dans ce genre cinématographique et musical. James Brown était too much, il aurait risqué de réduire le genre entier à sa personne. Et puis probablement s’en foutait-il, ce n’était probablement pour lui qu’une occasion de plus de faire rentrer un peu de blé. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir fait le job, en parcourant blues, soul, rythm’n'blues et bien sur ballade.

Alors, vous avez compris que la musique de Black Caesar vaut le détour. Mais le film?

les truands cool, ça existe?

Black Caesar est une parabole. Donc une excellente trame de scénario, tragique. C’est aussi un curieux miroir déformé du Scarface de De Palma, sorti 10 ans plus tard. En 1973, Black Caesar n’a rien d’un pionnier et le genre bat son plein. Comme de juste, et malgré la légende c’est un juif blanc qui réalise, Larry Cohen, et non un noir. En quelque sorte les juifs new yorkais ont fait la peau aux italiens par l’intermédiaire des noirs dans les films blaxploitation.

Le Caesar en question s’appelle Tommy Gibbs, qui a l’un des principaux visages de la blaxploitation, l’acteur Fred Williamson. Encore une histoire de vengeance. Encore une histoire de caïd noir dont l’ascension finira mal. Comme souvent, l’image est peu soignée mais on a droit à quelques vrais moment de cinéma et des plans qui valent le coup, à commencer par les vues du ghetto déprimant vers la 3e minute. On pense alors qu’on va voir un film dont la trame raciale est prédominante. Perdu!

Cohen a réussi à faire sortir le scénario habituel de ses rails. Moins de scènes de cul que d’ordinaire. Pas de fascination pour la drogue et les femmes (on est loin de Superfly ou the Mack). Ce qui motive Tommy c’est une vengeance qui remonte loin, à l’enfance, comme l’expose la scène d’ouverture placée 20 ans en amont. Quand un môme en bout de chaine du deal de drogue se fait tabasser sauvagement par un policier ripoux. Art Lund est atrocement parfait dans ce rôle d’ordure qu’il porte crânement durant toute l’intrigue.

Première curiosité, le “Caesar” est boiteux. Après 12 ans d’hôpital et de prison, il revient prêt à accomplir sa vengeance. La force du scénario (si l’on peut dire, tant la réalisation et le script sont perfectibles) est de nous faire adhérer à ce personnage principal pour ensuite nous faire passer par plusieurs phases d’attraction répulsion envers lui. On rêvasse que American gangster s’inspire un peu de ce film.

Les scènes d’exposition étant vite expédiées, Tommy négocie auprès des boss d’avoir son block à lui, qu’il contrôlera. Il va construire son royaume sur rien, dans un fief négligé par la mafia. La naissance de ce Caesar est saluée à la 14e minute par la première occurrence du morceau The boss, comme si une fois la première enclenchée rien ne pouvait arrêter sa marche.
Son ascension rapide est résumée ensuite sous fond musical, on va vite car l’histoire n’est pas là, elle a juste besoin que ce jeune homme devienne un baron de la drogue. Un chef cruel et craint, qui n’hésite pas à couper une oreille pour faire passer un message (oui, Tarantino aussi a vu ce film).

Puisque l’histoire n’est pas dans la vie de gang ni dans la drogue, où est-elle?

Le jeune Tommy était certes dealer mais il est victime d’une arnaque entre truands. Première injustice à réparer. On découvre en cours de route que sa haine la plus forte va à son père, qu’il repousse longtemps avant d’accepter une réconciliation tourmentée. Tourmentée car elle fait remonter des traumatismes d’enfance, l’arrière fond psychologique voire psychanalytique est rare dans ces films, et fait de Black Caesar une curiosité.

La vengeance rend cruel et amer, c’est bien connu. Gibbs humilie son avocat blanc, fait pleurer sa mère sans bien comprendre pourquoi (le spectateur, si), et ne parvient qu’à éloigner sa compagne. En dehors des femmes, victimes comme il se doit (cliché, quand tu nous tient), il n’y a pas grand monde à sauver dans une telle histoire, le pasteur noir est corrompu, les mafieux sont lâches, la police ripoux, le caïd est un boucher…
Pas vraiment de glamour dans ce film. Gibbs refuse la blanche qui s’offre à lui, reste fidèle à sa femme après qu’elle se soit éloignée, ce n’est pas un jouisseur, seule sa vengeance l’obsède. Un chevalier noir, un Jedi passé du côté obscur de la force en conservant l’ascèse de ses pairs. Un salaud plus classieux que jamais, plus élégant, plus “arrivé” ‘ah cet appartement avec vue sur Central park).

Une fois au sommet (il a même pris d’assaut la résidence des mafieux, laissant une piscine remplie de corps), Gibbs est seul. Seul dans son lit. Seul face à ses obsessions. On est pile à la moitié du film quand la conversion maléfique est achevée. Au point de mettre en joue son père et l’épargner de justesse. De ce sommet il ne tire aucune satisfaction pourtant, et il ne faut pas bien longtemps avant un revers de fortune qui précipite déjà sa chute.

La dernière partie du film est la plus sombre, dans un film déjà pas bien gai. Tommy révèle ses failles, redevient aimable au spectateur, se rachète auprès de son père. Et se lance dans un baroud d’honneur dont il ne peut espérer autre chose que du sang. Le voici devenu chevaleresque. Toujours guidé par la vengeance mais revenu à une forme plus classique, comme dans un western ou un film de samouraï.
Cohen enfonce le clou dans le final. La vengeance te tue et tu finiras puni par les tiens. Et rien n’aura changé. Troué de balles, Tommy revient mourir dans l’immeuble de son enfance,  dans ce ghetto sans pitié aperçu plus tôt. Et ce sont de jeunes caïds, des enfants semblables à celui qu’il fut, qui le tuent pour de bon.
Non, rien n’a changé. La vengeance aura tourné court. Le système reste le même. Les mêmes en haut. Les mêmes en bas. Et entre les deux, du rouge, une mer d’hémoglobine.

On aura l’occasion de vous parler d’autres films blaxploitation aussi désenchantés et rudes que celui-ci. Mais peu d’entre eux ont autant refusé le glamour et ont autant pris le parti du pessimisme. Malgré sa pauvreté de moyens Black Caesar est un vrai “film noir” qu’on vous recommande.


Black caesar trailer
envoyé par soulpatrol. - Regardez des web séries et des films.



Comments

10 Commentaires


  1. 1 benoit on janvier 9, 2011 11:10

    j’adore aussi la musique Blaxpoitation, (à défaut de connaître les films) mais c’est vrai que le nom de James Brown n’est pas celui qui me vient en 1er à l’esprit, pourtant la BO de Black Caesar reste une BO culte… Ma préférée reste Superfly. Tiens, ‘ai regardé dans les deux superbes compilations Shaolin soul 1 et 2, et il n’y figure pas.

  2. 2 dr frankNfurter on janvier 9, 2011 11:36

    Roh le nul cet Arbobo!!
    Fred Williamson c’est surtout White Fire, Les Guerriers du Bronx!
    Tu vas me dire, “très bien Doc, mais il ne joue pas les premiers rôles”, certes mais sa présence et ses bons mots font le reste: “j’ai beau être patient… mais ma patience a des limites” ^^

    Sinon, je souscris à la thèse que JB n’est pas étrangement affilié dans la mémoire collective au genre Blaxpoitation. Cela dit, ça serait tellement réducteur que ce n’est pas si étonnant que ça, comparé à Mayfield. J’adore les premiers albums solo du type, mais force est de constater qu’il a jamais fait mieux que Superfly, d’autant plus que par la suite, sa disco est de moins en moins excitante… au même titre d’un Isaac Hayes, Shaft représente un peu son sommet (populaire, artistique effectivement ça commence à dégouliner un peu trop, j’en conviens, la suite est secondaire, je lui préfère “To be continued” (et je suis pas le seul en constatant le nombre de samples qu’a pu faire Massive Attack de cet album :-P)).
    Après, faut aussi se rappeler que c’était presque un passage obligé, Marvin gaye l’a tenté (résultat moyen), Donny Hathaway de même (d’où il résultera le très très beau “Little Ghetto Boy”)… rah et les BO de Roy Ayers!!! Miam :-D

  3. 3 arbobo on janvier 9, 2011 12:31

    oui benoit, étrange, je me demande si ce n’est pas un choix de JB lui-même, malgré la qualité de ces disques (the Payback est pas dégueu non plus). Cela dit pour les compiles ça peut aussi être une question de droits accordés moins facilement, plus qu’un choix des “curateurs”.

    Doc, ravi de ne pas être seul à trouver hayes un brin surcôté, pour marvin je te trouve un poil sévère, en tout cas j’en avais parlé là :
    http://www.arbobo.fr/a-la-3e-dan-il-sera-exactement/

    j’ai un autre film blax qui fera l’objet d’un article prochainement, mais ce n’est pas White fire :-)
    que je vais me procurer de ce pas

  4. 4 arbobo on janvier 9, 2011 12:32

    et benoit, quand tu dis “à défaut de connaître les films” ça se comprend aisément, la plupart te décevraient, apparemment tu t’en doutes d’avance :-)

  5. 5 Christophe on janvier 10, 2011 8:45

    Pas vu mais pourquoi pas ?

    Quant à la BO, l’une des plus intéressantes du genre, elle reste un album qui signe que le début de la fin pour James était déjà engagé, après 5 années de folie (65-70). (Jungle groove est à mettre à part)

  6. 6 arbobo on janvier 10, 2011 9:03

    pas faux, mais JB a su être une pépinière aussi, ce qui grandit un peu sa décennie 70s,

    ensuite pour le film quand je vous le recommande, ce n’est pas pour la qualité de sa réalisation ou de son jeu d’acteurs, qui sont décevants, mais si on aime bien les séries B, et si on a déjà vu d’autres films blaxploitation plus connus, Shaft ou Foxy Brown ou Superfly, celui-ci devrait surprendre

  7. 7 Christophe on janvier 10, 2011 12:49

    “pour le film quand je vous le recommande, ce n’est pas pour la qualité de sa réalisation ou de son jeu d’acteurs, qui sont décevants”

    pareil, le restau, quand je vous le recommande, ce n’est ni pour la bouffe, ni pour le service, ni pour le cadre, mais pour la qualité des cure-dents ^^

  8. 8 arbobo on janvier 12, 2011 2:07

    ouais ben mate le film, relis l’article et viens me dire que j’ai tord, coco :-)

    ok? ^^

  9. 9 willycat on janvier 14, 2011 20:43

    James is the coolest.

  10. 10 arbobo on janvier 14, 2011 20:50

    juste devant françois valéry, oui, willy ;-)

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